







Quand sa petite ville est fermée pour être rasée, faute de travail pour ses habitants, Emy n’hésite pas longtemps. Oui, elle pourrait suivre son père et tenter de l’empêcher d’aligner les bouteilles de bière, mais le plus urgent c’est sa mère. Celle qui parle au fantôme d’Alex, le frère d’Emy mort d’une maladie quelques années auparavant. Celle qui a choisi d’aller se perdre dans le bois plutôt que de retrouver la civilisation.
C’est ainsi qu’Emy amorce son périple. Entre les murmures de sa mère, le silence de la forêt, les mouches, les tâches et ce futur qu’elle doit décider.
« Quand on me pose la maudite, l’épouvantable question : « Qu’est-ce que tu vas faire, Emy, quand t’auras fini ton secondaire ? », je réponds toujours : « Mais qui a dit que j’allais le finir ? » »
Pattes d’ourse est un récit psychologique qui parle autant du vertige du choix d’une profession à l’adolescence que de la difficulté de surmonter le deuil d’un frère, d’un fils. Écrit dans une langue accessible, mais rempli d’une poésie certaine et assez lent dans sa structure, ce roman vise un lectorat intermédiaire.
Première pensée au moment de finir ce livre (et qui m’est resté en tête tout le long, en fait) : ne vous fiez pas à la couverture. Ça a l’air doux, non ? Un peu enfantin, même. Alors que pas du tout. Ce récit, c’est celui d’une ado qui se cherche et se trouve, qui vit le deuil de son frère et qui tente d’aider sa mère à ne pas se noyer dans le sien. C’est aussi une histoire de bois avec toutes les réalités que ça comporte (chasse incluse) et les images ne sont pas polies, elles sont brutes, claires et fascinantes.
Il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire, sachez-le. Alors que la plupart des romans pour ados au Québec misent sur les péripéties et un déroulement rapide, ici, l’évolution est assez lente et j’ai parfois eu l’impression qu’Emy faisait un peu de surplace, tant dans ce qui anime son quotidien que dans sa tête. Et pourtant, je ne me suis pas ennuyée une seule minute parce que tout est juste dans le texte, des réflexions aux références « ados » en passant par la description de la vie dans le bois, le ton des dialogues et l’humour un peu décalé dans les moments les plus durs.
« Le gars qui a écrit Vive le vent, il devait faire du kitesurf dans le sud, pendant nos hivers. »
Je l’ai déjà pensé en lisant d’autres de ses romans, mais Sébastien Gagnon est véritablement un poète de la nature. Si parfois il y a un poil trop de métaphores/comparaisons mère/ourse (on comprend et on n’a pas besoin de se le faire répéter tout le temps), il y a de magnifiques images qui se déploient au fil du récit, des angles inattendus dans les descriptions, des émotions, des dualités. Bref, c’est le genre de livre qui se savoure plutôt que de se dévorer, le type de bouquin qui nous décentre aussi et nous montre d’autres réalités. D’autres possibilités. Et ça, c’est précieux.


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